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On se souvient alors d'une Gaule chevelue, et l'on s'avise timidement que le goudron pourrait céder, un jour, sous la pression des arbres : si le sang jaillissait, geysers de sève éructant sur les voies, et si les bêtes invisibles - hardes de sangliers, échappées de chevreuils - abandonnaient les pictogrammes pour regagner leurs territoires, la route rendue aux feuilles, aux champignons, aux souches, ameublie sous les pneus par des terriers profonds, fourrés d'épines fouettant les tôles, et, traversant la vitre enténébrée, un mirage de plumes, d'écorces et d'empreintes aux arômes de pelage mouillé mêlé de crottin frais ? On ne pourrait poursuivre, alors, il faudrait abandonner la voiture embourbée et sortir, seule au milieu des bêtes, s'avancer dans la grande nuit, la nuit sans phares, sans réverbères, la nuit terrible, et lorsque l'on marche à tâtons, on ignore si ce qui s'écrase mollement sous les pas sont des limaces filandreuses, des baies pourries, ou les abords d'une vasière où l'on s'enlise lentement. Comment rejoindre l'Autre, là bas, celui vers qui l'on roulait à l'instant, moderne et souveraine, toute carossée de certitudes ?

M. Jacquin, Love song.

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